L’ordre fut donné avec la suffisance d’un homme qui croyait que le monde lui appartenait encore.
Non pas parce qu’il l’avait mérité, non pas parce qu’il s’était battu pour l’obtenir, mais parce que personne n’avait jamais osé le lui prendre.
Le colonel Derrick Voss se tenait au bord du tapis d’entraînement tel un juge lors d’une exécution, son uniforme impeccable, ses bottes cirées à la perfection, sa poitrine ornée de rubans qui impressionnaient les jeunes soldats qui ne comprenaient pas encore combien il était facile pour un homme indigne de recevoir des médailles tandis que des hommes meilleurs saignaient en silence dans la boue.
Le soleil de l’après-midi pesait lourd sur Fort Hawthorne, une vaste installation militaire nichée dans la périphérie bordée de pins de la Caroline du Nord, et la chaleur était si suffocante qu’une humidité étouffante faisait coller la sueur à la peau comme de la colle, transformant chaque respiration en une lente épreuve.
Fort Hawthorne avait une réputation, de celles qu’on murmure dans les casernes et qu’on fume pendant les pauses cigarette, d’un lieu où les carrières se faisaient et se défaisaient non pas toujours au mérite, mais par la politique, par l’ego, par les petites guerres invisibles que se livraient des officiers qui avaient oublié que leur travail était de préparer les soldats à l’ennemi, et non de se divertir.
Aujourd’hui, ce n’était pas l’ennemi auquel on pensait.






