Cette nuit-là, Ashworth Manor lui parut plus vaste et plus vide que jamais. Le sommeil le fuyait. Alexander arpentait les couloirs, un verre de whisky intact à la main. Sans cesse, l’image se répétait dans son esprit : Camila embrassant la photo, fermant le coffre-fort, laissant l’argent sur place. La vérité lui pesait lourdement sur la poitrine, inconfortable mais indéniable. Il comprit alors qu’il avait passé des années à percevoir le monde à travers le prisme déformant de ses propres blessures. Les trahisons passées l’avaient endurci, faisant de lui un homme qui cherchait la corruption chez autrui pour justifier son isolement. Et ce faisant, il avait failli ignorer la bonté discrète qui vivait sous son propre toit.
Camila n’avait pas besoin qu’on lui prenne son argent en secret ; elle possédait déjà ce qu’il avait perdu depuis longtemps : un sens moral aigu, un but fondé sur l’amour plutôt que sur la possession. Alexander était assis à son bureau, là même où le piège avait été conçu, et il sortit une feuille de papier fin. Sa plume se déplaçait lentement, délibérément, non pas avec l’urgence pressante des affaires, mais avec le poids de la réflexion. Il écrivit pendant des heures, effaçant, réécrivant, cherchant les mots justes pour exprimer la leçon qu’il venait d’apprendre.
Le lendemain matin, alors que l’aube teintait le ciel d’orange et de violet, Camila arriva au manoir. Comme toujours, elle entra par la porte de service, se changea et se dirigea vers la cuisine pour préparer le café. Mais là, posée sur le comptoir en marbre immaculé, se trouvait une surprise : une épaisse enveloppe couleur crème, son nom écrit de la main si caractéristique de M. Ashworth, une écriture ferme et anguleuse.
Le cœur de Camila rata un battement. La peur, compagne constante de ceux qui vivent au jour le jour, lui serra la poitrine. Avait-elle commis une erreur ? Était-elle renvoyée ? Ses mains tremblaient lorsqu’elle ouvrit l’enveloppe. À l’intérieur se trouvaient une lettre et un chèque. Son regard se porta d’abord sur le chèque, s’écarquillant d’incrédulité. Il était signé, mais le montant… le montant était incroyable. Suffisant pour rembourser ses dettes, payer les soins de sa mère, assurer l’éducation de ses filles et lui laisser encore de quoi respirer. Camila dut s’appuyer sur le comptoir pour ne pas tomber. Puis, les larmes aux yeux, elle lut la lettre.
« Camila,
L’intégrité, beaucoup la revendiquent, mais rares sont ceux qui la démontrent lorsqu’ils pensent être seuls. Hier, sans le savoir, tu m’as donné une leçon inestimable. J’ai vu ta véritable nature dans le bureau. La tranquillité d’esprit est inestimable, et tu m’as redonné espoir en l’existence de la vraie bonté.






