Je m’appelle Claire, j’ai 28 ans, et je connais que trop bien le système des familles d’accueil.
À huit ans, j’avais déjà déménagé tellement de fois que je ne pouvais plus m’en souvenir. J’ai appris très tôt à ne pas m’attacher. On dit des enfants comme moi qu’ils sont « résilients », mais en réalité, on apprend juste à faire nos valises rapidement et à ne rien attendre.
Puis j’ai rencontré Noé.
Il avait neuf ans, était calme, le regard vif, assis dans un fauteuil roulant qui mettait les adultes mal à l’aise et les enfants perplexes. Ils n’étaient pas méchants avec lui, juste distants. Ils lui faisaient un signe de la main, puis partaient en courant jouer à des jeux auxquels il ne pouvait pas participer. Le personnel parlait autour de lui plutôt que de s’adresser directement à lui, comme s’il était une tâche plutôt qu’une personne.
Un après-midi, je me suis assise à côté de lui avec mon livre et j’ai plaisanté : « Si tu gardes la fenêtre, tu devrais partager la vue. »
Il m’a regardé et a dit : « Tu es nouveau. »
« Je suis de retour », ai-je dit. « Je suis Claire. »
“Noé.”






