Cependant, les experts financiers tempèrent cet enthousiasme. Le principal obstacle réside dans l’écart considérable entre la programmation informatique et la construction de machines. Ioana Marinescu, professeure à l’Université de Pennsylvanie, souligne que si le coût d’exploitation des logiciels d’intelligence artificielle diminue, la construction de robots physiques demeure obstinément onéreuse.
Marinescu explique que nous fabriquons des machines depuis la révolution industrielle. Or, cette pratique, ancrée dans la durée, rend de plus en plus difficile la recherche de nouvelles méthodes pour réduire les coûts de production. Si les logiciels peuvent être copiés des millions de fois instantanément et à un coût quasi nul, chaque robot doit être construit de A à Z avec des matériaux onéreux.
Cela crée un obstacle majeur. Même si les ordinateurs sont prêts à effectuer la tâche, la fabrication à grande échelle des robots pourrait s’avérer trop coûteuse. Si les entreprises n’ont pas les moyens de construire des millions de robots, le coût des biens ne baissera pas et le rêve d’une vie sans travail restera peut-être hors de portée pour le citoyen lambda.
La quête de sens dans un monde post-travail

Au-delà des aspects logistiques de l’énergie et de l’économie se pose peut-être la question la plus fondamentale : si les machines font tout mieux que nous, quel rôle reste-t-il à jouer pour les humains ? Anton Korinek, professeur à l’Université de Virginie, suggère qu’il nous faut peut-être repenser entièrement la structure de notre société. Il cite des recherches montrant que les êtres humains tirent une profonde satisfaction de relations significatives, et que pour de nombreux adultes, ces relations se construisent et s’entretiennent tout au long de leur carrière.
Si le lieu de travail disparaît, le tissu social qui unit les communautés risque de se fragiliser. Il nous faudra trouver de nouvelles façons de créer des liens et de donner un sens à notre vie en dehors du cadre traditionnel des horaires de bureau. Il ne s’agit pas seulement d’un bouleversement économique, mais aussi d’un changement psychologique.






