J’ai adopté un bébé abandonné devant une caserne de pompiers. Cinq ans plus tard, une femme a frappé à ma porte et m’a dit : « Vous devez me rendre mon enfant. »

On croit parfois que certaines histoires sont écrites une fois pour toutes. Qu’un choix fait avec le cœur suffit à dessiner l’avenir. Et puis la vie, malicieuse, décide de tester nos certitudes là où on s’y attend le moins.

Quand une rencontre imprévue change toute une vie

Ce soir-là, rien ne laissait présager un tournant. Une nuit ordinaire, une garde de routine, ce calme étrange que connaissent bien celles et ceux qui veillent pendant que les autres dorment. Jusqu’à ce bruit presque imperceptible, porté par le vent. Léo, un nourrisson, déposé là, sans mot, sans explication, mais avec un besoin urgent de bras rassurants.

Dans ces moments suspendus, je ne réfléchis pas longtemps. J’agis. Je protège. Et parfois, sans le savoir, je commence une nouvelle vie. Cet enfant, confié ensuite aux services de l’aide sociale à l’enfance, avec l’appui de Lucas, mon collègue, est resté gravé dans un coin de mon cœur. Impossible de l’oublier. Comme une évidence qui s’impose doucement, jusqu’à devenir une décision : offrir un foyer, une stabilité, un amour constant.

Adopter seul… et apprendre à devenir parent

L’adoption est souvent perçue comme une belle finalité. En réalité, c’est surtout un parcours semé de doutes, de démarches administratives interminables et de nuits à me demander si je serai “assez”. Assez disponible, assez solide, assez légitime.

Quand on est parent solo, les questions se multiplient. Organisation, garde, fatigue… mais aussi cette responsabilité immense : être le pilier unique. Et pourtant, une fois Léo à la maison, tout prend sens. Les matins pressés, les chaussettes dépareillées, les petits-déjeuners qui finissent sur la table plutôt que dans le bol. Le quotidien devient joyeusement imparfait.